Le prix du platine aujourd’hui : ce qu’il faut savoir

Cet article a été écrit exclusivement pour Investing.com UK.

Il fut une période où le platine portait le surnom de « l’or des riches ». Jusqu’en 2014, il dépassait régulièrement l’or en valeur, s’affichant comme un symbole de rareté et de prestige.

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Avant 2011, l’écart le plus faible entre le platine et l’or était légèrement supérieur à 120$ l’once. Ce métal précieux, bien plus rare que l’or, se distingue par une disponibilité restreinte sur le marché mondial.

Contrairement à l’or, extrait un peu partout sur la planète, la quasi-totalité de la production de platine se concentre en Afrique du Sud et en Russie. En Afrique du Sud, il s’agit d’une extraction dédiée, alors qu’en Russie, le platine est surtout récupéré comme sous-produit du nickel, principalement dans la région sibérienne de Norilsk.

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Depuis des décennies, platine et or maintiennent des liens étroits avec les marchés financiers, appréciés comme actifs de réserve et pour leur durabilité. Le platine tire aussi sa réputation de sa résistance à la chaleur et de sa densité, qualités qui l’ouvrent à de nombreuses applications industrielles. Bijoutiers et industriels convoitent autant l’or que le platine, chacun à leur manière.

Les métaux précieux n’ont pas manqué de périodes de forte progression. Récemment, l’or a battu des records en dépassant les 2 000$ en août, plus du double de sa valeur par rapport au point bas de mars 2000. Le palladium et le rhodium, deux cousins du groupe platine, ont eux aussi vu leurs cours s’envoler.

Pendant ce temps, le platine reste à la traîne sur le marché des métaux précieux. À la fin de la semaine dernière, son prix stagnait sous la barre des 900$ l’once, loin derrière ses pairs.

Le platine, seul métal précieux en recul depuis fin 2019

À la clôture du troisième trimestre 2020, l’or, l’argent et le palladium avaient tous progressé de plus de 22 % depuis le début de l’année précédente. L’argent s’est apprécié de 22,06 %, tandis que l’or a grimpé de 23,92 %. Le palladium s’est imposé comme le chef de file sur les marchés COMEX et NYMEX de la Chicago Mercantile Exchange, avec une hausse de 31,10 % sur douze mois.

Le rhodium, quant à lui, a surpassé tout le monde. Ce métal du groupe platine, qui ne s’échange que physiquement, est passé d’environ 5 850$ fin 2019 à un point médian de 12 100$ l’once au 30 septembre, soit un bond supérieur à 100 %.

Le rhodium reste un sous-produit de l’extraction de platine, mais il n’a pas suivi la même trajectoire que ses homologues. Au 30 septembre, le platine sur le NYMEX affichait une baisse de 7,25 % par rapport à la dernière séance de 2019.

Des années à l’arrière du peloton

Depuis plusieurs années, le platine s’affiche à la traîne dans l’univers des métaux précieux. Celui qui dominait l’or en valeur s’échange désormais à un tarif nettement inférieur. Au 30 septembre, les contrats à terme en platine sur le NYMEX se sont fixés à 901$.

Source, tous les graphiques : CQG

Le graphique trimestriel le montre clairement : depuis 2014, le platine a décroché sous l’or et n’a cessé de s’en éloigner. Fin septembre 2020, une once de platine se négociait à 1 017,80$ de moins qu’une once d’or. Le 4 août, ce différentiel a même touché un sommet inédit à 1 076,80$.

Retour en 2008 : le platine bénéficiait d’une prime de plus de 1 600$ l’once face au palladium. Douze ans plus tard, la situation s’est totalement inversée.

Platine vs Palladium, vue trimestrielle. Le graphique illustre la chute du platine sous le palladium dès 2017, avec un écart de 1 429,20$ en défaveur du platine le 2 octobre.

Un métal industriel aux multiples usages

Le platine a longtemps été recherché pour son statut d’actif financier, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : il semble avoir perdu de son attrait face à l’or et à l’argent. Pourtant, en regardant ses propriétés, ce décalage de prix intrigue.

Pour situer : le palladium affiche une densité de 12,023 g/cm3 et fond à 2 830,82 °F. Le rhodium, 12,41 g/cm3 et 3 567 °F. Le platine, plus dense (21,45 g/cm3), offre un point de fusion à 3 214,90 °F. Malgré la flambée de la demande de palladium dans les pots catalytiques automobiles, l’écart de prix n’a pas déclenché de bascule significative vers le platine.

Dans le même temps, la faiblesse persistante des prix du platine a réduit la production ces dernières années, comprimant l’offre sur le marché déjà étroit du rhodium. Le rhodium, lui, tutoie désormais des sommets historiques à plus de 12 000$ l’once. Les difficultés du platine ont aussi contribué à la hausse vertigineuse du palladium.

Sur le plan financier, le platine n’a pas suscité d’intérêt spéculatif, même pendant que l’or grimpait à des niveaux records. Les rallyes du palladium et du rhodium n’ont pas non plus incité les industriels à changer de métal. Parmi les utilisateurs du platine, on compte les secteurs de l’automobile, de la bijouterie, de l’électronique, du raffinage pétrolier, de la pétrochimie et de la médecine.

Le platine, un investissement délaissé ?

Ces dernières années, l’évolution du platine ressemble à une ironie cruelle. Plus robuste et durable que l’or, il fait aussi partie des éléments les plus denses connus, six fois plus que le diamant.

Platine d’investissement ou métal industriel, la réalité du marché ne lui fait pas de cadeaux. Sa réputation d’« or des riches » n’est plus qu’un souvenir, et son statut de métal précieux se fragilise. Pour ceux qui ont misé sur ce métal rare, regarder l’or, l’argent ou le palladium s’envoler pendant que le platine recule a un goût amer. En 2020, le platine n’a généré que des pertes.

Tous les arguments en faveur du platine restent solides, mais sa performance déçoit. Investisseurs et traders, tous partagent la même frustration devant ce parcours en demi-teinte.

Voir l’or, l’argent, le palladium et le rhodium battre des records, tandis que le platine glisse sous les 900$ l’once, laisse une impression de gâchis. Pourtant, parmi ceux qui s’accrochent, subsiste l’espoir que ce métal trouvera lui aussi sa revanche. Rien n’interdit d’y croire.

Source:Investir